De l’habit, du moine et de ce qu'on donne à voir

Depuis notre changement de vie en 2019, et a fortiori depuis notre semi-implantation depuis 2021 dans un hameau paumé du fin fond de la Haute Corrèze, les gens que nous rencontrons ne savent pas grand chose de nous et nous jaugent – nous jugent ? – au prisme de leur échelle de valeurs bien plus que de la réalité.

Et il ne faut pas se mentir, ce que nous « donnons à voir » est trompeur.

Deux jeunes cinquantenaires qui traînent en survet ou en fringues de chantier, qui bossent sans qu’on comprenne vraiment dans quoi – et encore, même pas 3 jours par semaine –, qui roulent dans une vieille voiture et habitent dans un camion, qui retapent tout seuls une grange délabrée, ça ne dit pas forcément grand chose sur notre vie d’avant…

Du coup, c’est toujours assez marrant quand, au détour d’un évènement de village, nous nous trouvons nez à nez avec un exemplaire de ceux que je qualifie « d’odorants sociaux » : ces gens qui ne peuvent s’empêcher de diffuser, par leurs mots ou leur attitude, le parfum de leur réussite, si relative soit-elle.

Et tandis que mon ego hurle qu’il suffirait d’un mot pour leur glisser subrepticement une allusion qui dirait « tsé, moi aussi, j’ai quelques réussites à mon actif», je préfère me taire et m’en amuser.

Parce qu’au final, je me fous bien d’être quelqu’un, de la reconnaissance, du rang social, de la réussite.

Je préfère être personne, et pouvoir côtoyer n’importe qui sans que le filtre social vienne saper les fondations de mes nouvelles relations.

Être personne, c’est ce qui nous permet aujourd’hui d’être intégrés au sein de ce voisinage de gens du cru, sans qu’une ostentatoire bannière de statut social n’ait créé de barrière infranchissable.

Être personne, c’est être tout aussi bien invitée à prendre le café chez la doyenne du village pour parler couture, qu’à l’apéro chez le fermier du coin et causer potager… et y aller en sabots et tablier parce que tout le monde s’en fout, ici.

Et c’est d’ailleurs rigolo, lorsqu’au détour de nos conversations ils découvrent par petites touches que nous ne sommes pas tout à fait les marginaux qu’ils s’imaginaient.

Je suis toujours amusée de leur regard surpris – et souvent un peu admiratif – quand ils découvrent certains aspects de notre vie, de nos carrières…

Même si cela signifie, puisque maintenant tout le monde sait que nous bossons « sur informatique », que nous sommes devenus les voisins qui réparent les imprimantes et récupèrent les données des téléphones en panne 😋

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